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Mère Marie-Robert, fondatrice de l’Orphelinat de Djibouti est décédée le 15 mars à Paris où elle était hospitalisée. |
Née en 1920 dans sa chère Bretagne, Mère Marie-Robert perdit ses parents alors qu’elle n’avait que 14 ans. Elle comprit que ces seuls soutiens étaient le Seigneur et la Vierge Marie. Sa foi et sa force de caractère développèrent et forgeront à ce moment de sa vie, la femme qu’elle devint.
Se préparant à l’enseignement, s’est éveillé en elle très tôt le désir de se dévouer auprès des plus déshérités, et elle répondra à l’appel du Seigneur. C’est ainsi que Religieuse-Missionnaire, elle est arrivée à Djibouti voila 64 ans, le 28 décembre 1945. Elle prit très vite la direction de l’École de la Nativité qui comprenait alors 2 classes. Située au Plateau du Serpent, cette petite école accueillait quelques dizaines d’enfants qu’elle allait chercher dans les quartiers en charrette puis plus tard avec un vieux bus. Elle prend également la direction de la Mission des Sœurs dites « Franciscaines de Calais » comprenant outre l’école, les dispensaires, les services de l’hôpital Peltier, le dépistage antituberculeux à domicile et au dispensaire Paul Faure et un orphelinat pour les filles. Sous son impulsion, l’école de la Nativité s’agrandit très vite - aujourd’hui 36 classes pour 1 100 élèves d’une vingtaine de nationalité différentes. Des foyers sociaux pour la promotion de la femme se sont ouverts à Obock, à Arta, à Ambouli, ainsi que des centres d’alphabétisation.
A la même époque elle fut appelée à la fonction de Supérieure Régionale des Missions de Djibouti, Éthiopie et Madagascar. Elle y mit toute son énergie et son engagement apostolique. Sa prédilection allait à la pouponnière. A l’indépendance de Djibouti en 1977, les familles reprirent les fillettes et les adolescentes présentes à l’orphelinat. Dans le même temps, survinrent la guerre en Somalie et la Révolution en Éthiopie. De nombreuses mamans ou futurs mamans arrivaient dans un état de grande détresse et n’avaient pas d’autres solutions que d’abandonner leur enfant. C’est ainsi que naquit la « Pouponnière Saint Thérèse » avec des statuts approuvés par les gouvernements Djiboutiens et Français. Les premières adoptions vers la France ont été réalisées en 1979.
Elle se tournait vers tous, prenant la défense des plus faibles, n’hésitait pas à prendre des risques, à appeler et à convertir à sa cause, tous ceux qui pouvaient l’aider dans ses projets. Multiples furent ses démarches dans ce sens et rien ne la rebutait, ni ne la décourageait, grand était son amour des autres. Elle agissait avec beaucoup de discernement. Mère Marie-Robert avait comprit qu’étant dans un pays musulman elle ne pouvait pas « proclamer l’Évangile sur les toits ». En fille de Saint François, elle s’efforça d’être une « passerelle » entre la Chrétienté et l’Islam : elle allait alors vivre l’Évangile, le témoigner par son comportement et ses engagements. Manifestement, elle y réussit puisque le Président de la République de Djibouti dans son message adressé à la Communauté, « présente ses condoléances attristées et exprime sa compassion en priant Dieu d’accorder sa Miséricorde à la défunte religieuse… ».
Parmi les témoignages, un texte lu à la Messe des funérailles de Mère Marie-Robert :
« Je ne sais par où commencer mais je vais me lancer avant que l’émotion ne prenne le dessus. J’étais tout petit, je ne comprenais rien de la langue française. Je ne savais pas où j’étais et où j’allais, vous m’avez accueilli un matin entre deux policiers. Je ne savais pas ce qui m’arrivait mais j’avais le sentiment que je serai heureux. Malgré mes bêtises, vous avez été patiente, vous m’avez écouté, vous m’avez aidé à avoir ma chance. J’ai grandi sans jamais vous oublier malgré la distance, malgré le froid et la solitude en France. Je sais d’où je viens et où je vais. Je viens de la mission des sœurs, là où d’autres ont connu avant moi et connaîtront après moi la chance de leur vie. Tout le monde qui vous a connu, pleure aujourd’hui votre départ mais vous ne partirez pas de notre cœur. Vous serez toujours là et on vous aimera toujours. Reposez en paix, reposez auprès de Dieu. Dieu regarde les cœurs et nous savons que vous avez du cœur. On vous dit merci, je vous dis merci au nom des milliers d’anciens missionnaires »
C’est en 1997 que l’Association Vivre en Famille rencontrera Mère Marie-Robert à Djibouti à l’occasion du « sauvetage » d’une petite fille gravement handicapée. Aussitôt, cette femme dont la foi et le destin avaient développé cette force et cette assurance qui émanaient d’elle, a insisté pour mettre en place une collaboration étroite avec notre Association pour l’adoption des enfants recueillis.
Le sort des enfants a fait partie dès l’origine des combats de la Communauté. Mère Marie-Robert était de la « trempe » de Celles qui l’ont précédée. A l’époque, ces premières Missionnaires, bravant tous les dangers, rachetaient les enfants aux trafiquants d’esclaves sur les marchés d’Aden et d’Obock.
Mère Marie-Robert a su obtenir la collaboration bienveillante des Services de Police et de l’Administration judiciaire Djiboutienne auprès de qui elle manifestait sans relâche ses exigences pour le devenir des enfants. Elle a même donné son nom à une petite fille ; fait rare sans doute, d’une adoption par une religieuse.
Il fallait la voir dans la Pouponnière au milieu des enfants, ayant l’œil à tout, demandant ici ou là aux employés de remettre de l’ordre, interpellant l’enfant indiscipliné, distribuant caresses et baisers. A sa vue, montaient ces cris de tous les enfants « Ma Mère ! Ma Mère ! » Et que dire de nos sorties en ville, une ville de plus de 300 000 habitants dans laquelle à chaque coin de rue, soit à la vue de Mère Marie-Robert ou simplement à celle de sa voiture, nous entendions et voyions des bras se lever : « Mère Marie-Robert ! Bonjour Mère Marie Robert ! »
Le pays tout entier comme les murs de la pouponnière garderont pour toujours la mémoire de cette reconnaissance spontanée, joyeuse de celles et ceux qui ont eu la chance d’être sur le chemin de Mère Marie-Robert . Ces derniers mois encore, lors des départs des enfants vers la France, elle rappelait aux heureux parents la nécessité d’accompagner l’éducation de leurs enfants avec beaucoup d’amour mais aussi avec les vraies valeurs qui ont été les siennes tout au long de sa vie. En 64 ans de présence à Djibouti, combien d’enfants l’ont-ils appelée « Ma Mère » : 3000, 4000, 5000 ?
En votre nom à tous, parents et enfants proches de l’Association, nous présentons à la Communauté des Sœurs Franciscaines-Missionnaires de Notre Dame, nos sincères condoléances et leur exprimons toute notre affection.
Edith et Maurice LABAISSE
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